1 : Missive

      Le bar dégageait une atmosphère cosy de m’as-tu-vu, de riches en dehors des réalités pour qui tout service se doit d’être effectué à la seconde. De hauts tabourets rouges rembourrés s’élançaient à distance égale, des sofas encadraient des tables basses en verre un peu plus loin. Et bien sûr, la devanture garnie d’alcools en tous genres augurait de bons moments. Une jeune femme à la peau bronzée shakait sa préparation bleu clair, les yeux baissés. Et devant elle, un jeune homme agitait son long fume-cigarette devant son verre, le dos très droit. Dans un costume indigo et blanc, de minuscules lunettes rondes sur son nez pointu ; il incarnait l’arrogance. Les cheveux auburn ébouriffés dans une coupe démodée, des yeux violets de tueur, un parfum de lys et d’hiver, il cuva son fond de verre et en redemanda un autre. La jeune femme en tenue de serveuse noire et blanche acquiesça sans broncher. Mais quand Jean-Boniface prit place à côté du snob, il manqua s’étrangler. La couleur de peau, la tenue, l’accent quand il s’adressa à Pia ; tout lui fit l’effet d’un électrochoc.

    Hé quoi ? Y a un problème ?

    Un problème ?! Vous me posez la question ?! Vous êtes revenu d’entre les morts !… Par quel moyen ?…

    Ah non, je suis bien vivant.

    Vous êtes donc son fils… L’héritier qui met 3 ans pour daigner se manifester…

      Il reprit contenance et attaqua de nouveau.

    Comment osez-vous monter dans le train dans cette tenue ?!

    C’est ma tenue traditionnelle, en quoi c’est un problème ?

    Visiblement, vous n’avez pas votre place dans notre Académie, tout comme votre père ! Prenez garde, ça lui a coûté la vie !

      Jean-Boniface plissa ses yeux jaunes félins.

    C’est une menace ?

    Un constat ! Almach’ Sabrelune est un lieu de prestige qui n’accueille guère les pouilleux qui vivent dans des casbahs !

    Toi, tu es raciste.

    Non, c’est un constat, rien de plus. – il cria – Pia, il vient ce verre ?!

    Tout de suite, Monsieur…

      Jean-Boniface se redressa.

    Et tu te laisses traiter comme ça ? Il ne faut pas, tu sais. Cet homme est raciste, tu ne dois pas te laisser écraser.

    Nul ne peut manquer de respect à Harold Lancaster…

    Harold… C’est donc toi…

    Je tiens à ce que vous me vouvoyiez.

      Jean-Boniface sourit.

    Et moi, je tiens à ce que tu ne me traites pas comme du guano. J’ai l’impression que tu n’aimes pas beaucoup ma couleur de peau, Harold.

    C’est votre personne, dans son intégralité… Ceux qui dirigent la Maison du Chat Noir sont des gens mauvais…

    Ouh, ce que tu es raciste ! Papa il était ce qu’il était, mais on est tous différents. Il est parti à mes 9 ans. Je le connais peu, tu vois. Mais me dire ça, ce serait comme me sortir que tous les nécessiteux sont mauvais parce qu’ils sont pauvres.

      Harold le pensait également. Il saisit le haut verre de cocktail et but la mixture bleutée un peu trop vite à cause de l’énervement. Sa langue et sa gorge le brûlèrent.

    Je sais faire la différence. Là, c’est un fait, tous les dirigeants de votre Maison ont semé le chaos…

    Si tu ne prends que Papa comme exemple, ça fait un peu léger.

    Si tu ne prends que Papa comme exemple, ça fait un peu léger.

      Harold faillit ajouter quelque chose mais s’abstint. Il remonta ses petites lunettes, rajusta la rose à sa boutonnière et partit.